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Légendes et Mythologie Crète préhistorique On connaît peu de choses sur l’apparition de l’ancienne civilisation crétoise du fait du peu de témoignages qui nous sont parvenus. Cela contraste avec les palais, les maisons, routes, peintures et sculptures qui eux existent toujours. L’histoire crétoise est baignée de légendes (telles que celles du roi Minos, de Thésée, du Minotaure, de Dédale ou d’Icare) qui nous sont parvenues par le biais d’historiens et de poètes grecs. A cause du manque de témoignages, la chronologie de Crète est basée sur le style des poteries égéenne et du Proche-Orient, de sorte que les frises chronologiques de la Crète ont été réalisées en cherchant des objets commercialisés avec d’autres civilisations (égyptienne par exemple) — une méthode courante. Pour les temps plus anciens, la datation au carbone 14 de restes organiques et de charbon de bois offre des dates indépendantes. A partir de ces éléments, on pense que la Crète est habitée à partir du 7e millénaire av. J.-C. L’installation d’humains est attestée depuis le Néolithique. Des restes datant du paléolithique auraient été retrouvés mais aucune preuve n’est pour l’instant assez convaincante, cependant il semble que l’idée d’une occupation depuis le paléolithique se renforce. La faune de Crète était alors une faune pléistocène avec des hippopotames nains -dont des restes ont été découverts sur le plateau de Katharos dans les monts du Lassithi-, des chevaux nains, des éléphants nains, des cerfs nains (Praemegaceros cretensis), des rongeurs géants, des insectivores, des blaireaux, et une sorte de loutre terrestre. Il n’y avait pas de grands carnivores. La plupart de ces animaux disparurent à la fin de la dernière glaciation. Il n’est pas certain que l’homme ait joué un rôle dans cette extinction, que l’on retrouve sur d’autres îles de Méditerranée comme en Sicile, à Chypre et Majorque. Jusqu’à maintenant, aucun ossement de cette faune endémique n’a été retrouvée dans les sites néolithiques. Les premiers habitants introduisent alors du bétail, des moutons, chèvres, cochons et chiens, mais également la culture des céréales et des légumes. Jusqu’à présent Knossos, dont l’occupation du site remonte au 7ème millénaire avant JC (couche X), demeure le seul site acéramique (ou précéramique). Le site couvrait alors 350 000 m². Les rares ossements retrouvés sont ceux d’animaux mentionnés ci-dessus mais aussi de cerfs, de blaireaux, de martres et de souris : l’extinction de la mégafaune locale n’a pas laissé beaucoup de gibier. La poterie néolithique a été retrouvée à Knossos, les grottes de Lera et de Gerani. Le néolithique tardif a vu la prolifération de sites, montrant ainsi une croissance de la population. Au cours de cette période l’âne et le lapin sont introduits sur l’île, le cerf et l’agrimi chassés. L’agrimi, une chèvre sauvage, conserve les traits des premières domestications. Chevaux, daims et hérissons ne sont attestés qu’à l’époque minoenne pour l’instant. Les céramiques du néolithique évoluent tout au long de cette période. Simples et sans décorations au début du néolithique, elles deviennent par la suite plus sophistiquées, avec des gravures. De couleur noire et rouge, ces céramiques étaient cuites dans des fours ouverts. Les premières statuettes apparaissent à cette époque, faites d'argile, de pierre, d'ardoise ou de marbre. A la fin du néolithique, elles représentent généralement des figures féminines avec les parties du corps relatives à la fécondité mises en valeurs (ventre, cuisses, seins) Antiquité Crète minoenne et mycénienne | Âge du bronze minoen | | Epoque prépalatiale | 3500-1900 | | | | Minoen ancien I | 3500 - 2800 | | | | Minoen ancien II | 2900 - 2300 | | | | Minoen ancien III | 2300 - 1900 | | | Epoque protopalatiale | 1900 - 1650 | | | | Minoen moyen I | 1900 - 1800 | | | | Minoen moyen II | 1800 - 1750 | | | | Minoen moyen IIb, IIIa | 1750 - 1650 | | | Epoque néopalatiale | 1650 - 1450 | | | | Minoen moyen IIIb | 1650 - 1600 | | | | Minoen récent I | 1600 - 1500 | | | | Minoen récent II | 1500 - 1450 | | Époque prépalatiale La civilisation minoenne est la plus importante civilisation de l'âge du bronze du monde grec. La thèse d'Arthur Evans selon laquelle l'introduction des métaux en Crète est due à des émigrés venus d'Égypte est aujourd'hui révolue. La théorie actuelle penche en faveur du fait que toute la région de l'Égée est à cette époque habitée d'un peuple désigné comme étant préhéllène ou égéen. L'Égypte semble trop lointaine pour exercer une grande influence à cette époque. Au contraire, c'est l'Anatolie qui joue un rôle probant dans l'initiation de la Crète aux arts des métaux. La diffusion de l'usage du bronze en Mer Égée est liée à de larges mouvements de population depuis les côtes de l'Asie mineure vers la Crète, les Cyclades et le sud de la Grèce. Ces régions entrent dans une phase rapide de développement social et culturel, marqué principalement par l'essor des relations commerciales avec l'Asie mineure et Chypre. Grâce à sa marine, la Crète occupe une place prédominante en Égée. L'utilisation des métaux multiplie les transactions avec les pays producteurs : les Crétois vont chercher le cuivre à Chypre, l'or en Égypte, l'argent et l'obsidienne dans les Cyclades. Des ports se développent sous l'influence de cette activité croissante: et sur la côte orientale, les îlots de et sur la côte septentrionale deviennent les principaux centres commerciaux avec l'Asie mineure. L'importance de l'Asie mineure dans les relations avec la Crète explique la prépondérance de la partie orientale de l'île qui constitue le foyer le plus actif de Crète. Alors que Knossos ne connait encore qu'une civilisation sub-néolithique, sans métal, Malia fait figure de métropole. C'est à cette époque que des communautés de fermiers et d'éleveurs se développent dans la plaine de la Messara. La généralisation de l'emploi du bronze déplace le centre de gravité de l'île vers son centre, dont les cités commencent à concurrencer les cités de la partie orientale. De plus, de nouvelles matières premières détournent l'attention des Crétois de l'Asie mineure. Par exemple, l'étain d'Espagne, de Gaule ou de Cornouaille arrive sur les côtes siciliennes et de l'Adriatique et certaines cités orientent leur commerce vers ces régions. C'est ainsi que l'embouchure du Kairatos se développe une route traverse la Crète en son milieu avec Knossos et Phaistos comme principales étapes. En ce qui concerne l'agriculture, on sait grâce aux fouilles que presque toutes les espèces connues de céréales et de légumineuses sont cultivées et que tous les produits agricoles connus encore de nos jours comme l'huile, les olives, le vin, le raisin sont déjà produits à cette époque. Époque protopalatiale Alors qu'en Grèce, la période moyenne de l'âge du bronze est considérée comme ayant un caractère transitoire, elle est au contraire, en Crète, témoin d'une grande prospérité.La Crète des premiers palais connait un essor commercial exceptionnel, qui se traduit par une prépondérance de la Crète en Égée, de sorte que Milos, Délos ou Théra ne sont plus que des succursales de l'île. Cette prépondérance gagne même Égine, l'Argolide, la Grèce centrale ou Chypre. Cette expansion commerciale des Minoens est marquée par l'abondance des poteries minoennes retrouvées hors de Crète, et ce jusqu'en Méssenie ou en Laconie. Dans les îles de Kéa et de Samothrace, ont été également retrouvés, des sceaux minoens en forme de disques en terre cuite.Des sources historiques écrites décrivent les relations de la Crète avec les autres pays, comme les textes retrouvés à Mari et datant du XVIIIe siècle av. J.-C. qui mentionnent que la Crète importent des matières premières (bronze, étain, ivoire) et exporte comme objets de luxe, les produits des ateliers des palais: armes, étoffes et chaussures. Les recherches archéologiques montrent un changement important dans la civilisation minoenne aux alentours de -2000. L'élément principal de ce changement est la fondation des premiers palais, qui sont la concentration des pouvoirs dans des certains centres. Époque néopalatiale Vers -1700, les palais sont détruits. Les chercheurs divergent sur l'origine de ces destructions. Certains estiment qu'elles sont dues à une invasion indo-européenne, et des Louvites venus d'Anatolie en paticulier. D'autres pensent qu'il s'agirait des Hyksos venus d'Égypte, ou encore de troubles internes tels qu'une guerre civile. Enfin, il y a la thèse d'un tremblement de terre, peut-être engendré par l'éruption du volcan de Santorin, mais celui-ci n'aurait affecté que la partie centrale de l'île puisque le palais de Mallia est sauvé de la destruction. Cette catastrophe, quelque soit son origine, ne met pas un terme à la création minoenne. Les palais sont reconstruits sur les ruines des précédents, et la civilisation minoenne entre dans un âge d'or. La période des nouveaux palais se divise en trois phases: de -1700 à -1600 est une période de reconstruction, de -1600 à -1500 c'est la période de l'apogée des Minoens. Enfin, de -1500 à -1400, c'est la période d'extension de l'influence minoenne sur les autres peuples de Méditerranée, en particulier les Mycéniens du Péloponnèse. À Knossos, Phaistos, Haghia Triada ou Malia, de nouveaux palais sont reconstruits ou les anciens restaurés, embellis par des innovations architecturales, telles que l'utilisation de colonnes de cyprès ou le système de puits de lumière. La partie orientale de l'île participe à cette reprise: ainsi, le palais de Malia, abandonné depuis -1900 est de nouveau occupé. Ces palais sont de grands ensembles, composés de deux étages ou plus, et sont d'aspects similaires, qu'ils soient construits à Knossos, Phaistos, Mallia ou Zakros. Ils sont édifiés autour d'une grande cour centrale et composés d'un ensemble complexe de bâtiments enchevêtrés. Les palais minoens sont équipés d'un système d'approvisionnement en eau et d'un système d'égout.
Article principal: civilisation minoenne
Jusqu’au XVe siècle av. J.-C., la Crète était occupée par un peuple qui ne parlait pas le grec ; en témoigne leur langage qui, bien qu’il ne soit pas encore déchiffré, n’est pas du grec. Les tablettes inscrites en Linéaire A ont été retrouvées en nombre en Crète, et assez peu dans les îles de la mer Egée. Les Crétois (que l’on appelle à cette époque les Minoens) se sont établis dans de nombreuses îles autour de la Crète. Les sites étant clairement identifiés comme minoens incluent Rhodes, Kéa, Cythère, Milo et surtout Thera (Santorin) qui est le site le plus connu. Les archéologues depuis Sir Arthur Evans ont identifié et mis à jour le palais de Knossos, le plus célèbre site minoen. D’autres palais tels que celui de Phaistos présentent de magnifiques palais de pierres construits sur plusieurs étages, comportant un système d’égouts : la reine possédait un bain et des toilettes équipées d’une chasse d’eau. Les techniques hydrauliques utilisées sont d’un très haut niveau.

Il n’y avait pas de murs défensifs autour de ces complexes. Les poteries du XVIe siècle av. J.-C. et autres vestiges retrouvés en Grèce continentale montrent que les Minoens avaient des contacts très importants avec le continent. Au XVIe siècle, un important tremblement de terre provoqua des destructions importantes en Crète et à Santorin mais semblent avoir été rapidement réparées. Mais aux environs de 1500 av JC, une éruption volcanique provoqua la destruction partielle de l’île de Santorin, rejetant 4 fois plus de matière que lors de l’éruption du Krakatoa. Le tsunami ainsi créé dans la mer Égée rejeta de la pierre ponce jusqu’à 250 mètres au-dessus du niveau de la mer sur les pentes de l'île d’Anafi, 27 kilomètres plus à l’est. Toutes les flottes le long de la côte nord de l’île furent détruites et John Chadwick suggère que l’hégémonie des flottes crétoises avait préservé l’île des continentaux parlant le grec. La catastrophe qui semble avoir mis fin définitivement aux palais crétois serait survenue vers 1450 av. J.-C. quand tous les sites à l’exception de Knossos furent détruits par le feu. Les Mycéniens, venus de Grèce, prirent possession de Knossos, reconstruisirent certaines parties à leur convenance. Un nouveau système d’écriture, le linéaire B fut apporté par cette civilisation et nous montre que les Crétois de cette époque parlaient désormais un dialecte grec. À partir de l'âge obscur l'île est habitée par des doriens. À ce propos Hérodote (7,171) rapporte une tradition qui rappelle les deux vagues d'immigration, mycénienne et dorienne (bien que la première est datée dans cette tradition seulement moins de trois génération --environ 100 ans-- avant la guerre de Troie). La Crète mycénienne L'éruption du volcan de Santorin vers -1400 porte un coup fatal à la civilisation minoenne. Le tremblement de terre provoqué à la suite de l'éruption et la destruction des cités qu'il engendre, favorise les incursions des Mycéniens. Les traces d'établissement des Mycéniens sur l'île semblent évidentes à partir de -1380. Cette nouvelle phase de l'histoire minoenne est appelée Crète mycénienne, ce qui signifie que l'île devient partie du monde mycénien, une dépendance du continent, mais elle ne perd pas son identité pour autant. La cité du Péloponnèse joua un rôle important en Crète à la fin de la période minoenne. La présence mycénienne est attestée par les légendes d'époques postérieures et par la toponymie de certains lieux. Agamemnon, roi de Mycènes serait le fondateur de Lappa, Tegea, ou Pergamos. Les noms de lieux tels que Gortyne ou Arcadia sont d'origine Péloponnésiennes et pourraient être des survivances de l'occupation mycénienne. Homère, dans l'Iliade, mentionne que sept cités crétoises prennent part à la guerre contre Troie, menées par Idoménée et d'autres seigneurs, eux-mêmes directement sous les ordres d'Agamemnon.Les 80 navires fournis par les Crétois en font l'un des plus gros contributeur à la guerre de Troie et montreraient que l'île n'est pas complètement ruinée par l'éruption. C'est à cette période que sont importés les dieux grecs en lieu et place des dieux minoens. Zeus, Poséidon, Héra, Athéna remplacent la déesse mère. Des éléments de religion minoenne subsistent, comme en attestent les tablettes de linéaires B mentionnant une prêtresse des vents ou une maîtresse du labyrinthe. Le culte de l'enfant Zeus est aussi considéré comme crétois. A l'inverse, Knossos influence toujours certaines zones de l'Égée pour certains domaines: les armes et les bijoux crées à Knossos sont adoptés par le continent. vers la fin du XII siècle, la Crète connait un bouleversement lié au peuples de la mer, même si leur impact est moins fort qu'en Grèce continentale. Plus le fort est le changement qui a lieu après la catastrophe de Mycènes: des groupes de population venus du Péloponnèse s'installent en Crète. De nouveaux éléments apparaissent dans la vie des Crétois tels que l'incinération des morts, l'utilisation du fer, les vêtements à broches, la décoration géométrique des poteries. Ces nouveaux éléments seraient d'héritage dorien. La Crète dorienne La Crète aux époques classique et hellénistique Pendant les périodes classiques et hellénistiques, la Crète était constituée de cités-états se combattant les unes les autres et abritant des pirates. Gortyne, Kydonia (La Canée)et Lyttos se disputaient la suprématie de l’île, s’attaquant continuellement aux autres, invitant dans leurs querelles des puissances telles que la Macédoine, et ses rivales Rhodes et l’Égypte Ptolémaïque. Ierapytna (Ierapetra) remporta la suprématie sur l’est de l’île. La Crète romaine En -74, Marc-Antoine, père de Marc-Antoine célèbre général du second triumvirat, est nommé à la tête de la flotte de Méditerranée dans le but de conquérir la Crète. Deux évènements sont à l'origine de cette décision: les dégâts que causent la piraterie à la flotte romaine, surtout depuis l'arrêt de l'entretien par Rome d'une flotte permanente, et l'établissement de relations alliées entre la Crète et Mithridate VI, roi du Pont et ennemi de Rome. Peu enclin à se lancer dans une telle opération, ce n'est qu'en -71 que Marc-Antoine décide à attaquer la Crète. La victoire s'annonce pourtant facile et fructueuse pour Marc-Antoine, mais celui-ci est vaincu, sa flotte anéantie entre l'emplacement de l'actuelle Héraklion et l'île de Dia. De nombreux navires romains sont coulés, et de nombreux autres sont capturés ainsi que leurs équipages. La plupart des prisonniers romains sont pendus aux mâts des navires. et les Crétois imposent à Marc-Antoine une paix si humiliante que le Sénat refuse de la ratifier. Par peur de représailles, les Crétois souhaitent néanmoins négocier et envoient à Rome trente éminents représentants de l'île afin de conclure une alliance avec les Romains. Mais le Sénat en a déjà décidé autrement et estime que la Crète doit être conquise. En -68, Rome se trouve débarrassée de Mithridate. Elle ordonne aux Crétois de lui livrer les prisonniers romains, les vainqueurs de Marc-Antoine ainsi que 300 otages et 400 talents d'argent. Les Crétois refusant, le général Quintus Caecilius Metellus est chargé de soumettre la Crète. Metellus débarque dans l'ouest de la Crète et livre une longue guerre de siège, avançant d'ouest en est afin de soumettre à l'autorité romaine toutes les poches de résistance, et ruinant les villes qui lui résistent. Les Crétois refusent même de traiter avec Metellus en raison de sa cruauté et préfèrent remettre leur capitulation à Pompée. Mais avec la prise de Hierapytna en -67, l'île est alors entièrement sous contrôle des Romains, et c'est bien Metellus qui termine la pacification de l'île en -63 Cette guerre vaut à Metellus l'agnomen « Creticus » (le crétois). Dans un premier temps, l'île est reliée à la Cyrénaïque. Mais la situation évolue à plusieurs reprises dans les décennies qui suivent. César sépare la Crète et la Cyrénaïque.C'est Antoine qui réunit à nouveau les deux régions en 40 avant de céder quelques années plus tard (en -38 ou -34) une partie de l'île à Cléopâtre, en même temps que Cyrène. Finalement, en 27, la Crète et la Cyrénaïque sont à nouveau réunies, avec Gortyne comme Capitale, et ce jusqu'à Dioclétien. Sur les sites archéologiques, il semble qu’il y ait peu de gros dégâts associés au transfert de l’autorité romaine : un seul complexe palatial semble avoir été rasé. En revanche, on note au cours de la période romaine, de nombreuses constructions. Les Romains édifient plusieurs routes et des aqueducs. Gortyne semble avoir un comportement pro-romain ce qui lui vaut d’être récompensée et d’être faite capitale d’une province qui comprenait la Cyrénaïque et la Crète. On construit à Gortyne, un prétoire, un théatre, un odéon, une nymphée, un forum... La cité devient alors la première place de Crète, qui mesure d'après Strabon 50 stades de diamètre (environ 10km Knossos, bien qu'initiallement désignée capitale de la province par les Roamins, se trouve reléguée au rang de seconde ville de l'île. Habitée par des soldats romains et transformée en colonie, sous le nom de Colonia Julia Nobilis,elle ne réussit cependant pas à devenir un centre militaire romain. Des cités comme Lyttos ou Hierapytna se développent fortement et, comme Gortyne, se parent de forums ou de temples. Sur la côte sud de l'île, se développent de petits ports abritant les galères romaines sur la route de l'Asie mineure. Arrivée du christianisme C'est au cours de la période romaine qu'apparait le christianisme en Crète. On prête à Saint-Paul l'évangélisation de la Crète, ainsi que l'organisation de l'Église dans l'île . En raison d’une tempête, saint Paul fait escale une première fois en Crète, sur la côte méridionale de l'île, à Kali Limenes (« les beaux ports »). Il revient après sa première captivité et aurait laissé en Crète Tite, son disciple, et premier évêque de Gortyne. La tradition veut que Tite soit lui-même crétois. Il aurait divisé l'île en neuf diocèses, même si les sources datent du VIe siècle et peuvent décrire l'organisation d'une époque plus tardive. Le christianisme semble se heurter à de vives résistances, surtout de la part de la communauté juive Le successeur de Tite, Philippe parvient à détourner les persécutions romaines contre les Chrétiens. Cependant, en 250, les persécutions de l'empereur Dèce semblent être particulièrement dures en Crète. Les victimes des persécutions deviennent les premiers martyrs de l'Église crétoise, appelés les Dix Saints (Agioi Deka). Cyrille, évêque de Gortyne est lui même exécuté par les Romains. Sauvé des flammes par un premier miracle, on lui tranche finalement la tête.Il faut attendre le VIe siècle pour voir le premier grand monument chrétien, la basilique St-Tite de Gortyne. Période byzantine Première période byzantine La domination arabe L'histoire de la conquête arabe de la Crète débute loin de Crète. Au début du IXe siècle, l'Espagne est composée d'une multitude de petits états arabes. En 813, les Arabes d'Andalousie se soulèvent contre l'émir Al-Hakam Ier. Vaincus, ils sont chassés d'Espagne et trouvent refuge en Egypte, où ils profitent des crises politiques pour s'emparer d'Alexandrie (818-819) avant d'en être chassés également. Leur attention se porte alors sur la Crète, un choix peut être guidé par les Egyptiens qui ont toujours gardé un oeil sur l'île.AU cours de l'année 824, Abu HAfs se contente de quelques pillages en Crète. Séduits par la beauté et la fertilité du climat, ils décident de s'y fixer. Abu Hafs aurait cru voir en la Crète, la terre délicieuse où coule le lait et le miel et que Mahommet promet à ses croyants. Si certaines thèses estiment que les Arabes débarquent dans l'actuelle baie d'Almiros, à l'ouest d'Héraklion, ou dans la baie de Souda, il semble cependant que les Arabes débarquent sur les côtes au sud de l'île, en partie parce que les Byzantins sont moins à même de répondre rapidement à une attaque par le sud. Dirigés par Abu Hafs, ils conquièrent l'île en quelques années, à part la région de Sphakia. Cette conquête est facilitée par une crise politique interne au sein de l'Empire byzantin qui ne peut assurer la défense de l'île. Les Arabes fondent une capitale nouvelle, sur la côte nord de l'île, qu'ils fortifient en entourent d'un profond fossé. De ce fossé, elle prend son nom, Kandax (ou Handakas) qui signifie retranchement en arabe et qui donnera plus tard Candie, pour désigner à la fois Héraklion et l'île toute entière. L'île devient un émirat largement indépendant des autres régions arabes, qui se transforme en une sorte de principauté héréditaire. La pression économique sur la population locale et la piraterie permettent la survie de l'émirat. Les Crétois sont soumis à une servitude sévère. La Crète se détache du reste de l'Empire byzantin et s'efface économiquement et culturellement. Aucun monument de l'époque ne nous est parvenu, ni aucune œuvre littéraire, ni même le nom d'une figure intellectuelle. En revanche, les Arabes dynamisent probablement l'agriculture de la Crète en y développant la canne à sucre, le coton et le mûrier. Du point de vue religieux, le martyr de Cyril, évêque de Gortyne au moment de l'invasion semble être le fait le plus marquant. Mais de manière général, on ne peut dire si les Arabes sont respectueux ou non des lieux de culte. Les conversions à l'Islam sont peut-être limitées et surement non obligatoires, ne serait-ce que par le fait qu'elles ne sont pas intéressantes financièrement pour les Arabes. En effet, les chrétiens sont soumis à l'impôt foncier du kharadj. Pendant le siècle et demi d'occupation arabe, l'île redevient une base de la piraterie. Tout au long des IXe siècle et Xe siècle, les Sarrazins mènent des raids vers Mytilène, Lesbos, la péninsule du Mont Athos (862), en Chalcidique (866), les côtes adriatiques (872-873), ils pillent Salonique en 904. Ainsi, pour les Byzantins, la reconquête de la Crète ne signifie pas seulement la libération, mais aussi la neutralisation de cette menace pour les flottes de Méditerranée et la reprise du contrôle des voies commerciales dans la région. Seconde période byzantine  Reconquérir la Crète n'est pas une tâche aisée pour Byzance, compte tenue de l'éloignement géographique de l'île. De plus, l'Empire byzantin doit faire face à des ennemis sur tous les fronts, ce qui est le principal obstacle au lancement d'une offensive majeure en Crète. Dès 826, Michel II nomme Photeinos, déjà gouverneur du thème d'Anatolie au rang de stratège de Crète. Il débarque dans l'île, mais les habitants ne se soulèvent pas à son appel. Constantinople envoie une armée de secours, menée par Krateros, mais qui est écrasée par les Sarrasins, malgré quelques succès dans les premiers. Krateros auraot ensuite été fait prisonnier sur l'île de Kos et mis à mort par empalement. Entre 826 et 949, trois autres tentatives échouent. La reconquête de la Crète se réalise en 961 lorsque Nicéphore Phocas prend le commandement de l'expédition militaire. La stratégie de Phocas repose sur la supériorité numérique de ses soldats et sur la puissance de la marine byzantine. Nicéphore fait lever des soldats dans tous les thèmes d'Asie et d'Europe, auxquels il ajoute les corps d'élite de la garde, 2000 dromons munis du feu grégois et plusieurs centaines de vaisseaux de transport. Il rassemble ses troupes à Phygela, en Asie mineure pendant lété 960. Nicéphore débarque dans le nord de l'île en juillet de la même année et marche sur Chandax dont il fait le siège de la seconde moitié de 960 à mars 961. Chandax résiste plusieurs mois mais finit par tomber le 7 mars 961. S'ensuit le massacre des musulmans et le pillage de la villae. Le reste de l'île tombe rapidement. Les byzantins ramènent de Crète un immense butin. Les sources mentionnent que 300 navires sont nécessaires au transport du trésor amassé en Crète. Phocas envoie une partie de ce trésor à son confesseur, Saint Athanase, afin qu'il fonde le monastère dans lequel Phocas souhaite finir sa vie. C'est ainsi que la fondation du premier monastère du Mont Athos est lié à la reconquête de la Crète par les Byzantins. Il semble que la période d'occupation arabe ait été une période de pillage, et d'une baisse de la natalité. Pour pallier à cette situation, Phocas réduit les Sarrazins à l'esclavage, fait fermer les mosquées et envoie des missionnaires sur l'île. Il fait installer des colonies de Grecs, d'Arméniens et de Slaves afin de repeupler la Crète. Les villes sont pourvues de fortifications. En 1082, l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène envoie des colons choisis parmi les meilleures familles aristocratiques de l'Empire afin de contrer le développement démographique de la population autochtone. Il octroie à ses familles de grandes surfaces et des privilèges. Ces familles sont les fondatrices de la nouvelle aristocratie crétoise qui sera liée aux luttes crétoises dans les périodes à venir. La domination vénitienne La quatrième croisade, lancée initiallement contre l'Egypte par le Pape Innocent II en 1198, amène finalement les Croisés jusqu'à Constantinople et au partage de l'Empire byzantin. Le comte de Flandre est élu Empereur par les Croisés, tandis que Boniface de Montferrat est proclamé roi de Salonique et de Macédoine et possède la Crète par la même occasion. Gènes et Venise, attirées par l'importance commerciale des îles de l'Ègée, font chacune des offres à Montferrat pour lui racheter la Crète. Ce sont les Vénitiens qui l'emportent en 1204 en échange de 1000 ducats d'or et des terres en Macédoine. Les Vénitiens placent à la tête de l'île Jacques Thiepolo ave le titre de Duc de Candie. Quelques années encore, Venise et Gènes luttent pour le contrôle de l'île. Si en 1294, les Génois se rendent temporairement maîtres de la Canée, c'est pourtant bien une domination vénitienne qui s'installe en Crète pour quatre siècles. Carte vénitienne de Crète représentant les 4 parties de l'île. La Crète relève directement de Venise. L'île est initiallement divisée en 6 territoires ou sexteria: - Sexterio d'Agioi Apostoloi
- Sexterio Agios Markos
- Sexterios Stavros
- Sexterio de Castello
- Sexterio Agios Pavlos
- Sexterio de Dorsoduro
La division administrative de l'île passe à quatre territoire au début du XIVe siècle: La Canée, Réthymnon ,Sitia, Candie. Ces territoires se subdivisent à leur tour en chatellenies (Castelli) et en villages (Casali). Seule la région de Sphakia n'est pas entièrement soumise. Handax reste la capitale de l'île mais le prend le nom de Candie. La ville est le siège du Duc de Candie, magistrat suprême, nommé directement par le Grand Conseil de Venise pour une période de deux ans. L'intérêt de la Venise pour la Crète est principalement stratégique et commercial. C'est pourquoi, dans un premier temps, elle ne s'installe que dans les grandes villes. Mais Venise finit par occuper toute l'île, confisque les terres qu'elle distribue à des colons dont elle favorise l'immigration en échange d'obligations militaires. Ainsi les propriétaires nobles doivent, en temps de guerre, fournir un cavalier, deux écuyers, armes et cheveaux compris. Les propriétaires plus modestes doivent fournir dix soldats à pied. Chaque colon reçoit avec ses terres 25 serfs, probablement des descendants des Sarrazins asservis par Nicéphore Phocas. Les cultures developpées par les Vénitiens sont davantage d'ordre spéculatives qui vivrières. Ainsi, la culture de la vigne connaît et le vin de Rethymnon, bouilli pour des raisons de conservation, s'exporte jusqu'en Pologne, en Allemagne ou à Constantinople. Vers 1428, la culture de la canne à sucre se développe avant d'être remplacée par celle du coton. En revanche, la culture des céréales diminue dans de fortes proportions, d'une part, pour laisser la place à ces cultures plus avantageuses économiquement, mais aussi parce que Venise interdit parfois la culture de blé dans les régions les plus fertiles afin d'éviter à la fois de trop grands rassemblements de serfs aux mêmes endroits, mais aussi de fournir des bases de ravitaillement en cas de révolte. La Crète devient donc dépendante de l'arrivée des cargaisons de blé en provenance de Thrace ou d'Égypte. Révoltes crétoises La répartition inégale des terres et la lourde imposition (1/3 tiers de la production agricole est prélevée), trop lourde pour les colons eux-mêmes, expliquent les soulèvements du XIIIe siècle et XIVe siècle. On compte 14 insurrection entre 1207 et 1365. En 1361, la levée d'un impôt en vue de la réparation du port de Candie provoque une émeute, qui amène la destitution du duc et son remplacement par Marc Gradenigo, et à la proclamation de l'indépendance de l'île. Les insurgés se convertissent à l'orthodoxie et transforment l'église St Marc de Candie en St Tite. Candie est reprise en 1364 par Venise. S'ensuit une repression terrible, beaucoup de colons s'enfuient. Renaissance crétoise  La vie artisitique de l'époque tranche avec la crise économique et sociale. Ainsi, l'enseignement se développe fortement au travers des écoles monacales qui organisent des bibliothèques. Souvent, les enfants des riches familles étudient en Italie, à Venise ou Padoue, et rapportent en Crète l'esprit de la Renaissance italienne. Parallèlement, de nombreux artisites byzantins, fuyant l'avancée des Ottomans s'implantent en Crète et apportent la tradition de Constantinople. La société crétoise est alors porteuse d'une culture florissante dans les dernières années de l'occupation vénitienne que l'on appelle Renaissance crétoise, marquée par la renaissance de la tradition byzantine, influencée de la seule Renaissance italienne. L'influence italienne est sensible dans la littérature et des textes crétois s'écrivent en latin. Néanmoins une littérature florissante en langue crétoise voit le jour sur l'île, dont l'exemple le plus connu est Érotokritosde Vicenzos Kornaros. Une autre figure majeure de la littérature de cette époque est Georgios Hortatzis, auteur d’Erophile. Le peintre Domenikos Theotokopoulos, plus connu sous le nom d’El Greco, est né en Crète pendant cette période et fut formé à l’art des iconographies byzantines avant de rejoindre l’Italie, et par la suite l’Espagne. La Crète ottomane Au XVIIe siècle, Venise fut chassée de Crète par l’Empire ottoman, perdant la majeure partie de l’île après le siège de Candie (1649-1669), peut-être le siège le plus long de l’histoire. Le dernier bastion vénitien, Spinalonga, tomba en 1718, la Crète devenant alors partie intégrante de l’empire Ottoman lors des deux siècles suivants. Il y eut des rébellions significatives contre l’occupation turque, particulièrement à Sfakia. Daskalogiannis était un leader rebelle très connu. Une conséquence de la conquête ottomane fut la proportion importante de conversions à l’Islam. Les estimations de l’époque varient mais, à la veille de la guerre d'indépendance grecque, environ 45% de la population de l’île aurait été musulmane [37]. Ce chiffre déclina rapidement pendant le XIXe siècle et les estimations sur ce chiffre sont conflictuelles, mais, selon les chiffres du recensement de 1881, les Crétois musulmans auraient représenté encore 72 000 personnes (sur un total de 278 908 personnes) à la fin du siècle[38]. Bien qu’une partie de ces musulmans soit des officiels et des soldats de Turquie, la majeure partie était évidemment issue de la population locale, parlant le grec, et effectuant leurs prières musulmanes dans cette langue. On trouve encore aujourd’hui des descendants de ces turco-crétois dans plusieurs pays musulmans. Chaque famille essaie de s’attribuer des ancêtres en Anatolie. Ce qui pourrait s’avérer historiquement vrai si ces ancêtres étaient des Janissaires. Cette possibilité est renforcée par le fait que beaucoup de ces familles ont toujours des liens avec l’ordre derviche des Bektashi, l’affiliation religieuse des Janissaires. Il y avait également des mariages entre Crétois chrétiens et musulmans jusqu’au milieu du XIXe siècle et probablement plus tard. En Crète, comme dans les autres régions ottomanes, on trouvait également des Crypto-chrétiens : des familles qui se disaient musulmanes mais qui conservaient leur identité chrétienne en privé. La guerre d'indépendance grecque commença en 1821 et la participation crétoise fut importante. Un soulèvement des chrétiens rencontra une vive résistance des autorités turques qui exécuta plusieurs évêques, considérés comme les meneurs. Entre 1821 et 1828, l’île fut le théâtre d’hostilités répétées. Les musulmans se sont regroupés dans les grandes villes fortifiées de la côte nord où il semblerait que 60% d’entre eux moururent de famine et de maladie. La population chrétienne aussi souffrit sévèrement, perdant 21% de sa population. Dans les années 1830, la Crète était devenue une île pauvre et en retard. 
Comme le sultan Mahmud II n’avait pas d’armée propre, il dut faire appel à son vassal et rival, le pacha d’Égypte, qui envoya des troupes sur l’île. La Grande-Bretagne décida que la Crète ne devait pas appartenir au royaume de Grèce sur la route de l’indépendance en 1830, craignant que l’île ne redevienne un repaire pour les pirates ou bien une base navale russe en Méditerranée orientale. C’est pourquoi, en 1832, un État grec voit le jour, sans qu’il n’inclue la Crète. L’île est alors administrée par un Albanais d’Égypte, Giritli Mustafa Naili Pasha (connu sous le nom de Mustapha Pacha), qui essaya de créer une synthèse des propriétaires terriens musulmans et de la classe émergente des commerçants chrétiens. Bien que l’historiographie nationaliste grecque dépeigne le Pacha comme une personne oppressive, les observateurs consulaires britanniques et français le décrivent avec prudence, comme pro-britannique, et qui a surtout essayé de gagner le support des Crétois chrétiens plutôt que celui des Crétois musulmans. Il s’est d’ailleurs marié à la fille d’un prêtre et l’autorisa à rester chrétienne. Cependant, en 1834, un comité crétois se réunit à Athènes afin de travailler sur l’union de l’île avec la Grèce. En 1840, Palmerston force l’Égypte à remettre la Crète sous contrôle ottoman direct. Mustapha Pacha ne réussit pas à devenir un Prince de Grèce semi-indépendant et les chrétiens, plutôt que le supporter, se soulevèrent contre lui, poussant la population musulmane à se réfugier une nouvelle fois dans les villes. Une opération navale anglo-ottomane reprit le contrôle de l’île et Mustapha Pasha fut confirmé en tant que gouverneur de l’île, mais, cette fois-ci, sous le contrôle d’Istanbul. Il le restera jusqu’en 1851, où il est appelé à Istanbul, où, malgré son âge relativement avancé (la cinquantaine), il eut une carrière brillante, devenant Grand Vizir plusieurs fois. Crète moderne Après que la Grèce a obtenu son indépendance, la Crète devint l’objet de disputes et la population grecque se révolta deux nouvelles fois contre l’occupation ottomane (en 1866 et 1897). Les tensions ethniques l’emportèrent sur l’île entre la minorité musulmane dirigeante et la majorité chrétienne. Aidés par des volontaires et des renforts venus de Grèce mais aussi de Grande-Bretagne, d’Amérique, de France et d’Italie, la « Grande révolution crétoise » commença en 1866. Les insurgés réussirent à contrôler la majeure partie de l’arrière-pays, mais, comme à chaque fois, les quatre grandes villes du nord et Ierapetra au sud restèrent aux mains des Ottomans. Parce que la perte de la Crète serait le prélude de pertes de territoires beaucoup plus sérieuses dans les Balkans, le Grand Vizir Ali Pacha arriva sur l’île en octobre 1867 et y resta 4 mois. Ali Pacha était un homme d’une intelligence exceptionnelle, dont les qualités impressionnaient même les observateurs les plus hostiles à l’Empire Ottoman. Ali mit au point une stratégie de reconquête de l’île district par district et fit construite des forteresses à travers l’île qui devaient être la base du pouvoir militaire turc jusqu’à la crise finale de 1896-1898. Plus important encore, Ali créa une loi qui donna aux chrétiens plus d’égalité dans le contrôle de l’administration. Il s’assura ainsi un minimum de coopération politique afin de rétablir l’ordre sur l’île au début de 1869 et presque tous les meneurs rebelles se sont soumis à l’autorité ottomane, y compris le pro-russe Hatzimichalis, resté en exil en Grèce. Toutefois, un tournant symbolique eut lieu dans les premiers mois de la rébellion en 1866, lorsque les Crétois firent sauter le monastère d'Arkadi, dans lequel 300 hommes et 600 femmes et enfants s'étaient réfugiés. Au moment où les Turcs pénétrèrent dans le monastère, les insurgés, préférant mourir plutôt que de se rendre, mirent le feu au stock de poudre, causant la mort de la plupart des insurgés et de centaines de Turcs. Cet événement créa un choc en Europe et en Amérique du Nord causant un grand tort à la légitimité de l’occupation turque. Pendant le congrès de Berlin lors de l’été 1878, il y eut une nouvelle insurrection, rapidement maîtrisée par l’intervention britannique et l’adaptation de la loi de 1867, connue comme le pacte de Haleppa. La Crète devint alors un état semi-indépendant de l’Empire Ottoman avec à sa tête un gouverneur qui devait être chrétien. Des pachas chrétiens tels que Photiades Pasha et Adossides Pasha gouvernèrent l’île dans les années 1880, présidant un parlement dont les libéraux et les conservateurs se disputaient la tête. Les disputes entre les deux partis conduisirent à une nouvelle insurrection en 1889, entraînant avec elle la chute du pacte de Haleppa et ses arrangements. Les grandes puissances, lassées de cette politique entre factions, laissèrent les autorités ottomanes envoyer des troupes sur l’île mais n’anticipèrent pas que le réactionnaire et despotique sultan Abdulhamid II utiliserait ceci comme prétexte pour annuler le pacte de Haleppa et instaurer à la place la loi martiale. Cet acte provoqua un courant de sympathie international envers les chrétiens crétois afin que cesse l’occupation ottomane. Quand une petite insurrection démarra en septembre 1895, elle prit rapidement de l’ampleur et devint vite hors de contrôle. Pendant l’été 1896, les forces ottomanes avaient perdu le contrôle de quasiment la totalité de l’île. En mars 1897, les grandes puissances décidèrent de restaurer l’ordre à nouveau en gouvernant temporairement la Crète, par un comité de quatre amiraux qui restèrent en place jusqu’à l’arrivée du Prince Georges, fils de Georges Ier de Grèce. Il devint alors le premier gouverneur-général de la Crète autonome, l’île ayant finalement été détachée de l’Empire ottoman à la fin du mois de décembre 1898. La population musulmane de l’île perdit énormément lors de ce changement, mais certains restèrent sur l’île, jusqu’aux échanges de population de 1924. Il y eut en fait une petite insurrection des musulmans à Héraklion (alors Candie) en septembre 1898, afin de protester contre la fin de la gestion administrative et fiscale par les Turcs et désormais entre les mains des quatre amiraux après la mort de 17 soldats britanniques et de plusieurs centaines de chrétiens, ce qui mena les grandes puissances à écarter les forces ottomanes de Crète. De l’été 1896 à la fin des hostilités en 1898, les musulmans restèrent assiégés dans les villes du nord et il y eut en quelque sorte une purification ethnique dans la partie est de l’île. Leurs appels à l’aide restèrent ignorés par les grandes puissances. Quand la domination ottomane prit fin, environ la moitié des musulmans quitta la Crète aussitôt, ainsi la population musulmane passa de 25-30% à 1/9è de la population environ, avec 33 496 musulmans lors du recensement de 1900 (sur un total de 270 047 habitants)[39]. Des vagues successives d’émigration suivirent au fur et à mesure que l’île s’unifia à la Grèce. Indépendance de la Crète En janvier et février 1897, de nouveaux massacres des chrétiens par les musulmans provoquent l'intervention de la Grèce qui envahit l'île et la proclame occupée. L'Empire ottoman demande alors l'aide aux puissances européennes. La France, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Russie, l'Autriche et l'Allemagne envoient des navires de guerre et des contingents à La Canée, Candie, Réthymnon et Sitia. Les puissances européennes refusent de reconnaitre le rattachement de la Crète à la Grèce et adresse un ultimatum à la Grèce afin qu'elle retire ses troupes. La Grèce refuse et finalement la guerre éclate entre la Grèce et la Turquie. Elle se termine par la défaite des Grecs qui évacuent l'île. La Crète devient alors autonome, mais toujours sus la suzeraineté de l'Empire ottoman. L'île est divisée en six zones et est administrée par un conseil d'amiraux des puissances européennes dont l'autorité est reconnue par l'assemblée crétoise. Les puissances remplacent rapidement leurs généraux par un haut-commissaire des puissances en Crète en la personne du prince Georges, fils du roi de Grèce. Le gouvernement du Prince Georges élabore une constitution, la première de l'île. Des élections sont organisées et désignent 138 députés chrétiens et 50 musulmans. De 1898 à 1904, la Crète connait une période de paix, même si les avis divergent au sein de la population sur l'avenir à donner à l'île.  Au printemps 1905, une insurrection éclate contre le gouvernement crétois. Elle est menée par Eleftherios Venizelos qui dénonce la corruption de l'entourage du Prince Georges. Ce dernier doit renoncer à ses fonctions et est remplacé par Alexandre Zaimis, ancien président du conseil hellénique. Zaimis ne va pas au bout de son mandat de 5 ans. En 1908, la commission qui le remplace pendant une absence proclame l'union à la Grèce le 10 octobre 1908. L'union est finalement repoussée sous la pression de l'Angleterre en échange de l'évacuation de l'île des troupes européennes. La période de l'indépendance est créative dans tous les domaines de la vie économique et intellectuelle. De nombreux travaux d'infrastructure sont réalisés, des bâtiments publics ou privés luxueux sont construits. A Réthymnon, par exemple, l'activité intellectuelle prospère comme le prouvent les salles de cinéma ou les théâtres. L'Énosis Profitant de désordres intérieurs en Turquie en 1908, les Crétois déclarent l’union avec la Grèce, un acte internationalement reconnu seulement en 1913, après la guerre des Balkans. Avec le traité de Londres de 1913, le sultan Mehmed V renonce à ses droits sur l’île et en décembre, le drapeau grec est hissé sur la forteresse de La Canée (devenue capitale) en présence du roi Constantin Ier de Grèce et de Eleftherios Venizelos. La minorité musulmane resta dans un premier en Crète mais fut plus tard expulsée en accord avec le Traité de Lausanne de 1923 qui prévoyait des échanges de population entre la Grèce et la Turquie. Une des plus importantes figures émergentes pendant cette période est celle du politicien libéral Eleftherios Venizelos, sans doute le plus important homme d’État de la Grèce moderne. Avocat, il était aussi très actif dans les cercles libéraux de La Canée. Après l’indépendance, il fut d’abord ministre du gouvernement du Prince George, avant d’être son opposant. En 1910, Venizélos partit pour Athènes où il devint rapidement une des figures majeures de la scène politique. Bataille de Crète Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Crète fut le terrain de la Bataille de Crète, du 20 au 29 Mai 1941, dans laquelle les Allemands, et particulièrement les parachutistes chassèrent les forces de l’Empire Britannique du général Sir Bernard Freiberg. |