| Nicéphore Phokas |
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La reconquête de l’île de Crète
par Nicéphore Phokas (961 après J.C.)
L’esquisse d’une campagne qui a changé l’histoireDans la dialectique incessante qui caractérise l’Histoire, il y a des moments décisifs qui en orientent le sens et déterminent l’aspect et la réalité du monde à venir. Des forces se heurtent, dans leur tendance à dominer, et leurs points de contact sont des batailles, dont l’issue marque définitivement la postérité. et qui sont absolument prépondérantes pour la civilisation. Tel est le cas de la reconquête de la Crète. Au VIIe siècle, surgit une nouvelle puissance : les Arabes. Ils ont une progression fulgurante, dotée de la force qui caractérise chaque fois les « nouveaux illuminés » de l’histoire, convaincus de détenir la vérité, et liés par la foi à une destinée specifique et privilegiée. Ils sont aussi servis par une technique, un savoir, et une diplomatie très efficaces, qu'ont su emprunter aux civilisations avec lesqueles ils sont venus en contact avant de les engloutir à leur impérialisme. Ils viennent bientôt contrer les intérêts de Byzance. Dans les deux camps, les choses sont simples : il ne peut y avoir qu’un seul Empire sur terre. Une longue guerre commence alors, dont la première phase est la conquête par les musulmans des territoires de l’Empire Chrétien. L’expédition de Nicéphore Phokas, en 961 de notre ère, a pour objectif de reprendre l’île de Crète, occupée par les Arabes, depuis 827. Elle est un point culminant qui annonce une deuxième phase, que l’on pourrait appeler, sans complexe, une reconquête, et qui diminuera la force de l’armée Arabe, en même temps que son ambition sur l’Europe. Elle inaugure également un sursaut de la conscience des pays chrétiens qui se sont vu dans leur passivité, suivant des guerres internes interminables menacés, plus que territorialement dans leur substance même, constatant la réalité d'une alternation, et qu'elle aboutira à la longue épopée des croisades. C’est un évènement décisif pour l’existence de la civilisation telle qu’on la connaît, et peut figurer à côté de Marathon ou de Salamine, de Poitiers ou du Débarquement en Normandie.
Le contexte La Crète est une île d’importance stratégique majeure, car de la possession de cette île dépendent la domination stratégique de l’aire Est de la Méditerranée, le contrôle de la navigation et du commerce. De par sa taille importante et son autonomie, en ce qui concerne les ressources vitales, elle peut contenir un grand nombre des forces armées, qui la transforment alors en une base militaire incontournable. La Crète offre ainsi, la possibilité d’une prospection et d’un déploiement militaire sur trois continents, étant par sa position le carrefour maritime le plus complexe, le bastion naval le plus solide entre l’Europe du Sud-Est, l’Afrique du Nord et l’Asie Mineure. L’acharnement des Allemands en 1941 pour l’occupation de l’île, au prix du sacrifice de leur meilleure unité d’élite, et d’un temps précieux (dans leur perspective d’offensive contre Union Soviétique, avant l’hiver) en démontre aisément l’importance géostratégique. Ainsi, pour l’Empire Romain d’Orient la perte de l’île fût désastreuse, mettant en danger son existence même. Sur la conquête de la Crète par les Arabes et le temps de l’occupation, on a peu de connaissances et presque pas de traces matérielles, en dehors de 268 pièces de monnaie, en tout et pour tout ! Cette période constitue l’âge sombre de l’île. Les arabes, envahisseurs de l’île, provenaient d’Espagne, plus précisément de Cordoue, d’où ils s’étaient expatriés au cours du IXe s. , avant de débarquer, dans un premier temps, en Egypte. Pendant le règne du Calife Mamoun, ils s’imposent en Egypte et déjà, investissent Alexandrie. A cause de leur caractère belliqueux et expansionniste, ils sont chassés par le chef de la dynastie des Abbassides, Abdulah Tahir. Il se livrent alors à la piraterie et, cherchant un lieu pour s’établir, ils envahissent la Crète. Leur chef était un certain Abu Haps Omar (que les Grecs appelaient Apouhapsi). La conquête de l’île s’est déroulée graduellement. Leur nombre de départ, selon des sources Arabes, était de 10 000 soldats. Cette conquête a bénéficié des grandes négligences de l’armée byzantine et du désarmement des côtes qu’a provoqué la révolte et la guerre civile de Thomas le Slave (821-823). Par la suite, le bastion des anciens rebelles devait être vu d’un bon œil par le Califat et renforcé au fur et à mesure, devenant ainsi le repaire le plus important de la piraterie. Pendant les 134 ans d’occupation, l’île de Crète est devenue l’avant-poste des Arabes, dans leur expansion vers l’Europe. De là, ils déployaient leurs forces, faisaient partir leurs expéditions qui ravageaient les côtes de la Grèce continentale, de l’Asie Mineure, et même de l’Italie. L’Empire commença à s’asphyxier et à décliner, de plus en plus de territoires furent perdus, de violents massacres et de terribles persécutions affaiblirent la population. Le transport devint très risqué, le commerce connut le marasme et l’économie s’ensuit. De grandes villes furent mises en sac, mais le comble fût atteint, en 904, avec la chute de Thessalonique : la « co-régnante »,la « symbasyleuoussa » comme l’appelaient les byzantins. La situation était critique pour l’Empire de Byzance. Encore une fois… La reconquête de l’île devenait alors plus que prioritaire, vitale. La concordance des temps En fait, la menace pour Byzance n’est pas quelque chose de nouveau. Depuis des siècles, Byzance assurait la continuité de l’Empire Romain, mais dans une situation bien particulière. Il était devenu une sorte d’enclave, quoique vaste, encerclé par un grand nombre d’ennemis venant du Nord ou du Sud, de l’Est ou de l’Ouest : des peuples qui venaient croiser leurs chemins et leurs destins dans ce carrefour du monde. Ainsi, depuis longtemps, l’Empire Byzantin se trouvait dans une perpétuelle défensive et une perpétuelle angoisse : celle de parer à toutes les urgences, aux multiples fronts qui s’ouvraient, aux besoins matériels pour couvrir les frais énormes des guerres incessantes, et assurer la protection de la population civile. Mais, le plus grave problème de l’Empire, et qui allait en s’aggravant jusqu’à être la cause principale de sa perte, était le manque de population : la fameuse « oliganthropie », due probablement à l’affaiblissement démographique constant à cause des guerres. Y avait-il d’autres causes, comme des épidémies, des migrations ? Le fait est que le problème devint grave et obligea même parfois les empereurs à des transferts de populations d’une région à l’autre pour renforcer la démographie.1 Ainsi, l’Empire vécut au cours du temps, en continuelle diastole et systole, parfois obligé, par l’héritage de l’Empire Romain, de secourir ses provinces éloignées et quelquefois proches…très proches, même trop : jusqu’à se défendre sous les murailles de sa Capitale. En effet, c’est devant ses portes, qu’il rencontre soudainement, des nouveaux adversaires ! Tel était déjà, par exemple, le cas de sa rencontre avec les Russes, un siècle auparavant (860-861). Mais, la période qui correspond à la progression des Arabes sur le territoire Byzantin, est assurément l’une des plus néfastes de l’Empire. Les Slaves pressent toujours, quoique plus dociles, mais il y a simultanément un nouvel ennemi terriblement efficace depuis le règne de Krum (803-814) : les Bulgares. Et bientôt, les redoutables Russes font leur apparition, nombreux et de forte constitution, sous la conduite ou la collaboration de navigateurs vikings. En même temps, surviennent à intervalles réguliers, des ennuis avec les peuples nomades qui se sédentarisent en cherchant des territoires : Khazars, Petchenègues, Avars et autres. Une force importante et concurrentielle se présente aussi au Nord de l’Italie : les Lombards. Et avec Rome, les relations ne font qu’empirer, pour des questions religieuses qui divise le Pape et le Patriarche. Dans cette situation, l’Empire Grec est une zone tampon entre les peuples Slaves et les Arabes. Heureuse circonstance pour la civilisation occidentale car, connaissant la facilité avec laquelle s’effectuent les conversions des religions polythéistes vers les monothéismes, on peut comprendre que si les Arabes étaient venus en contact avec Slaves Russes et Bulgares, alors ces derniers seraient probablement devenus musulmans et l’Europe, toute autre que celle d’aujourd’hui. Mais, à l’intérieur, la situation n’est pas heureuse non plus : les oppositions théologiques sont une source inépuisable de discorde, les hérésies et les sectes multiples provoquent des scissions au sein même du palais, le pays est littéralement déchiré et les « différences d’opinions » (« doxai ») sont souvent résolues par le fil d’épée. C’est de cette situation (étalée sur trois siècles) que les Arabes profitent pour leur expansion. Mais, en ce qui concerne la nouvelle menace qu’ils constituent, un élément a dû inquiéter particulièrement les byzantins, dès le VIIe s. : La conquête relativement facile de la Perse (achevée en 651). La Perse, ennemi traditionnel de Byzance, le « plus sérieux » et le plus fort de tous2 est tombée sous les coups des Arabes. La puissante Perse, victime la plus célèbre de l’Islam, est depuis devenue sa servante. Cet évènement n’a pu que provoquer l’effet d’un tremblement de terre. Mais un tremblement permanent. Pourtant, sur l’impression terrible provoquée par la conquête de l’Iran, il faut apporter une nuance. Après l’écrasement définitif des Sassanides par Héraclius en 628-629, l’Etat Perse était extenué, chose qui explique son « long silence » ultérieur vis à vis de Byzance. Ce n’était peut être pas la même puissance extraordinaire qui tombait mais son ombre dans la mémoire des Grecs. Il est donc vrai, que l’expansion des Arabes était phénoménale, néanmoins, il n’y a aucun mystère à cela. Il faut préciser que par la dénomination « Arabes » on désigne une multitude des peuples réunis sous la bannière de l’Islam (qui parfois ne sont même pas des musulmans) pour des raisons aussi diverses que leur provenance. Dans ce complexe qui fait l’armée Arabe, des expériences et des pratiques ont été intégrées avec beaucoup de perspicacité. On remarque de la part de l’élite - des hommes d’affaires par excellence ( comme le fondateur de l’Islam, lui-même) - une capacité extraordinaire d’assimilation des tactiques militaires et des nouveautés techniques qui s’avèrent payantes en terme d’efficacité. Les sciences, notamment la médecine, progressent contribuant au moral et à la confiance de l’armée. La promesse de libération religieuse, contre la répression de l’Empire, affaiblit l’inquiétude quand elle n’attire pas ceux qui se sentent lésés ou persécutés dans leur foi divergente. Ainsi s’explique l’amputation à l’Empire, de l’Egypte et du reste de l’Afrique du Nord, sources permanentes d’opposition et de discorde. Mais, cette amputation, relativement facile, fût peut-être salvatrice pour la survie de l’Empire Byzantin. Sur le plan diplomatique, des alliances se créent, des milices s’agréent à la puissance du Califat sous la promesse alléchantes mais trompeuse à moyen terme de la liberté du culte. De plus, cette politique s’avère moins coûteuse que celle des mercenaires. Une synergie parfaite des forces présentes s’effectue sous la direction du Califat fondateur d’abord (632-661), puis des Omeyyades (661-750), ensuite des Abbassides 750-XIe s., et se reflète bien dans l’organisation et le succès de son armée.
La décision de la reconquête et les circonstances qui y ont conduit La situation était devenue très difficile, dès le IXe s. Pour le comprendre, il suffit de regarder le territoire de l’Empire. C’est un demi-cercle qui enveloppe la Méditerranée à l’Est. Ses possessions bordent des côtes interminables, parsemées de villes portuaires et de centres de commerce, les plus importants de l’époque. L’Empire Byzantin se veut œcuménique (de oikoumenè : le monde habité, connu), mais il est essentiellement méditerranéen et maritime. Dans ce cadre, la prise de l’île de Crète était un évènement intenable et des expéditions avaient déjà été menées pour sa reconquête, dès 829, puis en 843, en 911 et en 949. Mal préparées, mal dirigées (Byzance est dans son « âge obscur »), elles échouent. Néanmoins au Xe s. l’Empire semble se ressaisir, comme sorti d’une longue fatigue. Cela se reflète dans l’armée qui commence à retrouver sa confiance, son moral, ses exploits. Pour l’événement qui nous intéresse, il y a d’autres heureuses circonstances qui y ont contribué. Malgré le règne d’un empereur insouciant, pour ne pas dire incapable : Romain II, et de son épouse Theophano , femme au goût prononcé pour la mégalomanie et l’intrigue, le premier ministre était un homme de grande qualité : Joseph Vrigas. C’était un homme très habile pour l’organisation et les relations humaines. Il était à la fois un patriote dévoué et un excellent rhéteur n’acceptant ni la fatalité, ni l’oubli. Il fait la connaissance du général en chef (megas domestihos) Nicéphore, très apprécié de ses soldats et très efficace au niveau opérationnel. Vrigas prépare donc le terrain : il enflamme la population avec ses discours et il réveille la passion de l’armée, mais aussi du palais. Il est prêt à proposer Nicéphore à l’empereur (et bien sûr à Théophano) pour le commandement de l’opération. Le palais est convaincu. Le caractère de Nicéphore inspire confiance et communique une détermination parallèle à la force de persuasion de Vrigas (et peut être celle de l’armée). Nicéphore est de la grande maison des Phokas de Cappadoce. Une des familles les plus nobles de l’Empire Hellénique. Il est de cette trempe d’hommes sévères mais justes, rudes suivant les traditions militaires de l’honneur et de la valeur, qui se fait aimer de ses soldats, non par démagogie, mais par les actes et l’exemple. Il est également un homme ascétique. Il déteste le faste et les mondanités. Nicéphore Phokas est aussi un mystique. Il se croit profondement serviteur de Dieu. Il est l’ami de Saint Athanase Athonitès (du mont Athos), père spirituel de l’Eglise et fondateur du grand monastère de Sainte Lavra au Mont Athos. Il se sent investi d’une mission : arrêter, puis anéantir l’Islam. En ce qui concerne ses objectifs, il est constant, persévérant ; intraitable avec ses ennemis, et pour certains, un piètre diplomate. Phokas semble autant soucieux de la vie de ses hommes que d’enlever un maximum de vies au camp adverse. Cette attitude, visant un maximum de dégâts pour un minimum de pertes, caractérise une carrière militaire dans la pure conception greco-romaine, selon laquelle la vie des soldats est précieuse. Ils doivent survivre pour servir Rome. Phokas semble, jusqu’au moment de l’action, un stratège bien plus calculateur qu’impulsif. Plutôt, il cache ses pulsions sous l’aspect d’un caractère pensif et d’une prudence austère et il s’inscrit bien dans cette lignée des généraux qui cherchent la bataille absolue, la victoire définitive (telle qu’elle est analysée dans la fameuse étude de Victor D. Hanson Le Modèle occidental de la guerre ). A la période qui nous intéresse, Nicéphore Phokas a 50 ans, il est déjà l’auteur de nombreuses victoires. Et sa réputation s’étend, menaçante, sur le monde musulman.
Préparatifs – Expédition En stratège expérimenté, Nicéphore Phokas a dû examiner les expéditions précédentes pour comprendre les causes de leur échec. A notre avis, il en est venu à incriminer l’insuffisance du support naval. C’est ainsi que l’on explique que lui, militaire de l’armée de terre, a donné une importance sans précédent à l’organisation et la présence navale. Il a voulu superviser l’ensemble des préparatifs: plans, constructions, logistique, renseignements. Tout a commencé en Janvier 960. Le problème des opérations antérieures venait surtout du fait qu’un axe de communication et de transports était établi entre l’île de Crète et l’Egypte, et que les Arabes, aussitôt alertés des expéditions, procédaient, par là, au renforcement de l’île. Les occupants de l’île encaissaient les attaques, en attendant des approvisionnements qui venaient à point nommé. Et les renforts tombaient sur le dos des byzantins. C’est ainsi que l’on peut comprendre le projet titanesque de Phokas: envoyer une flotte de 3 360 navires ! Ce nombre semble excessif mais, s’il est exact, il s’agit là de la plus grande opération navale de l’histoire, en quantité de bâtiments. Dans leur écrasante majorité, il s’agissait de navires de combat et non pas de transport; surtout des dromons (autour de 1000) et des siphonophores (2000) c’ est à dire ceux qui portent le «tuyau»(siphonas), donc des bateaux légers, lance-flammes, qui utilisaient le feu grégeois, l’arme secrète des byzantins par excellence. Le but était clairement d’isoler l’île, de couper ses approvisionnements et d’intercepter sur mer toutes les tentatives de renfort. Aussi, des dromons faisaient déjà des incursions en Crète pour observer et collecter des informations. Pour ce qui est de l’armée, une levée de troupes générale s’effectue dans le pays. Prennent part à l’expédition, les thèmes des Anatoliques (au centre de l’Asie Mineure), de Paphlagonie (sur la mer noire au Nord Centre de l’Asie Mineure) , des Arméniaques (la petite Arménie entre la Paphlagonie et Chaldia), des Boucellaires (au Sud de la Paphlagonie), des Thraceciens (qui sont en Asie mineure du Centre Ouest et non pas en Thrace), d’ Opsikion (au Sud du Bosphore), de Cappadoce, de l’Hellade, de Macédoine, de Thrace, de Péloponnèse. C’était une armée de troupes aguerries, d’ environ 55 000 soldats, éprouvés dans des guerres contre les Arabes, les Petchenègues, les Bulgares, et composée essentiellement d’autochtones hellènes et arméniens. A ceux là, s’ajoutait une considérable armée d’alliés de 12 000 personnes : Slaves, Bulgares, et surtout la puissance montante … les Russes. Il y a également, sur la côte Sud Ouest de l’Asie Mineure, un corps très important de 5 000 fantassins-marins venant du thème des Cibyrreotes. Et bien sûr, il faut penser aux chevaliers barrés de fer de la garde palatine : 1 000 à 2 000 cataphractes et clibanophores des tagmata de la Capitale. Les thèmes des Karabbysiens, les îles non occupées ou non saccagées de la mer Egée procurent un grand nombre de bâtiments et de marins.
L’enthousiasme de l’armée était à son apogée, contemplant sa propre puissance, de même celui du peuple qui était présent sur le passage des troupes, en mouvement de ralliement. Le rendez-vous de tous ces corps armés était fixé sur les côtes Lydiennes en face de l’île de Samos. En Crète, les Arabes en étaient alarmés. Ils s’adonnèrent à des préparatifs fiévreux pour faire face à l’invasion, et prirent des mesures pour résister à d’ éventuels états de siège. Ils s’apprêtaient probablement à recevoir des troupes de Syrie ou d’Afrique du Nord.
La bataille de Crète 1e phase _ Le débarquement C’ est au large de Chandax (Handakas ou Candie - l’actuel Héraklion) que l’armada de Nicéphore fait son apparition, vers la fin Juillet 960. Sa vue a sûrement jeter le trouble dans le camp des Arabes. Pour cela, la décision est prise, par le conseil militaire, de battre les byzantins avant même qu’ils ne débarquent, probablement avec des corps d’interception, archers et machines de projectiles. Phokas décide de se retirer un peu plus loin de la ville fortifiée, vers l’Ouest, pour le débarquement, mais les Arabes le suivent de près pour l’intercepter et le renverser là où il tenterait cette opération. A l’embouchure d’une petite rivière qui se jette sur la plage, se déroule le premier acte du drame. Le Byzantins procèdent au débarquement, et en face, se positionnent 20 000 soldats prêts à les rejeter par un dispositif adéquat. Dès ce moment, la présence de la flotte de guerre fait déjà la preuve de sa nécessité. Elle accable l’armée adverse d’un déluge de tirs, la déloge et la chasse des rivages. Le contingent islamique est contraint à faire retraite hors de portée, sur les collines de l’arrière pays. Ainsi, les bateaux de transports approchent et le débarquement se déroule normalement, avec loin en face, l’armée ennemie, spectatrice, redoutant la puissance de feu des bateaux de guerre. Une fois pied à terre et organisés en bataillons, les byzantins marchent vers leurs adversaires qui se ruent simultanément contre eux. Les troupes sont précédées par des prêtres, l’Evangile dans une main et l’épée dans l’autre, ce qui stimule le moral et la hargne des byzantins. L’armée musulmane est complètement écrasée dans cette première bataille, et c’est la débandade jusqu’à la ville forte, où les survivants trouvent refuge.
2e phase _Le siège de Handakas Cette ville était minutieusement préparée, bien fortifiée et les assiégés devaient avoir des ressources abondantes en eau et en nourriture ou probablement de voies d’accès secrètes, prêts pour un long siège en attendant de l’aide extérieure. Il faut noter que l’armée de Chandax n’était pas la seule armée de l’île. Des forces armées peuplaient l’arrière pays, constituées d’Arabes et de Crétois renégats. Sur le lieu du débarquement, les byzantins construisent un camp provisoire. Ils y restent trois jours et ensuite, Nicéphore ordonne le déplacement à son armée, pour s’installer près de la Capitale Crétoise. De là, devait commencer la pression pour sa mise à sac. Il n’a pas opté pour une attaque directe afin d’ épargner à son armée des pertes inutiles. Il veut d’abord affaiblir l’adversaire par le siège, la famine et la soif. Il fait construire un camp fortifié, il procède à l’isolement de la ville en édifiant une muraille en bois, de façon à l’envelopper. Ainsi, attend-il les premiers signes de faiblesse chez l’adversaire. Parallèlement les bateaux de guerre ont ordre d’ effectuer constamment des patrouilles autour de l’île. Après un certain temps, où les arabes ne manifestent aucun signe évident de souffrance, ni l’intention de faire une sortie pour l’ affronter, le général décide de les inciter à une telle action. L’ordre était radical : détruire tous les édifices et brûler toutes les demeures et les jardins précieux sous les yeux de leurs propriétaires, espérant qu’ainsi il sortiraient pour défendre leur biens. En effet, pendant ces nombreuses années d’occupation, les Arabes avaient certainement construit de magnifiques domaines, avec des jardins prospères, des petits paradis chers à leur cœur, peut-être pas si loin des splendides résidences que l’on voit encore aujourd’hui en Andalousie. Parallèlement, Nicéphore ordonne au corps armé de faire un mouvement de retraite sur les collines pour inciter, encore plus, les assiégés à réagir, sauver ce qu’ils pourraient et se venger. Mais rien n’y fait. Les plus impulsifs veulent sortir et en découdre, mais la majorité des guerriers arabes, des hommes expérimentés en matière de guerre, optent pour la réserve. En effet, la quantité et la qualité de l’armée byzantine ne trompait pas. D’ailleurs, le mouvement de retraite leur semblait problématique. Ils décident d’attendre, tout en faisant une tentative de liaison avec les forces armées de l’intérieur du pays, pour les inviter à une attaque synchronisée. Egalement ils misaient sur une intervention du Califat venant par les mers. Ainsi, l’armée byzantine serait prise en tenaille, et la surprise casserait son moral et sa cohésion. Le corps armé de l’arrière pays s’installerait sur les collines entourant les positions byzantines, la double attaque commencerait alors, après le signal donné de l’intérieur de la Citadelle. Tandis que le Califat précipiterait son soutien par la mer... Mais la perspicacité de Nicéphore et son exigence d'un très puissante flotte de guerre, lui ont donné raison. Aucune aide musulmane venant des mers ne pouvait penetrer ses lignes maritimes ni attaquer à l'exterieur. Néanmoins, les assiégés purent établir une liaison avec les musulmans de l’intérieur de l’île, et une armée importante de plus de 40 000 hommes a été assemblée pour l’opération. Ce plan aurait bien pu marcher, étant donné l’équilibre des forces (40 000 soldats musulmans à l’extérieur et plus de 30 000 dans la ville), la position favorable du corps extérieur attaquant des hauteurs, le double front pour les byzantins et surtout le facteur de la surprise. Mais hélas pour les assiégés, la surprise n’était plus là. Un réseau d’espionnage établi dans l’île par Nicéphore, avant même l’expédition, avec des agents en tenue arabe et connaissant parfaitement la langue et le Coran - probablement des Crétois «faux convertis» - révèlent l’information. L’état major connaît, non seulement l’intention, mais aussi les mouvements de l’armée de l’intérieur. La première action de Phokas est d’avertir l’armée, d’ordonner du repos, enfin, de s’occuper du rétablissement de son moral et de sa motivation par ce qu’on appellerait aujourd’hui «une campagne de communication». Il s’agissait des discours des chefs de guerre de l’époque antique et byzantine en particulier, racontant les bienfaits et la nécessité de la victoire, l’importance d’en finir par une bataille définitive, du mal-être qui les attendaient, le cas échéant, et du bien-être s’ils réussissaient, sans omettre l’occasion de citer les massacres, les catastrophes attribuées à l’ennemi et, tout cela, sous le «Regard du Christ» . Le soir même, les Byzantins procèdent à un mouvement par les collines, qui déjoue celui des musulmans, en venant les encercler de l’extérieur. Ces derniers ont déjà dressé le camp pour passer la nuit. Le stratège ordonne de sonner le cors et, à la tête de son armée, se jette sur l’ennemi. Les Arabes sont foudroyés, pris de panique, ils cherchent, dans le désordre, une issue. Mais d’issue, il n’y a pas. Tous les passages sont gardés. Les byzantins pris par la furie de la guerre, se livrent à un terrible massacre. L’armée venue aider les assiégés est complètement anéantie. Par la suite, Phokas procède à un acte de cruauté extrême. Il ordonne de décapiter tous les cadavres. Le matin, un nombre de têtes est cloué sur les palissades qui ceinturent leur campement. D’autres, par milliers, sont catapultées dans la ville fortifiée. Les Arabes se retrouvent avec des têtes parsemées partout dans la ville; dans les rues, les toits, les jardins et sont perclus d’horreur. A la fois, leur détermination s’acère car ils savent qu’ils n’ont rien à espérer et ce qui les attend s’ils sont défaits. Les byzantins, croyant que les Arabes seraient complètement démoralisés à la vue de ce spectacle, sonnent l’attaque, elle est menée avec ardeur mais elle échoue. Peut-être précisément, le spectacle terrifiant a t-il poussé les assiégés à un état second où il n’y a plus rien à perdre car tout est perdu, et on se surpasse dans l’abnégation totale. Néanmoins, le désespoir a dû envahir les cœurs des assiégés aux moments de l’inaction. Aucun secours ne se dessinait nulle part à l’horizon. La seule solution qui semblait exister était de tâcher encore plus d’améliorer les fortifications, et la défense acharnée. Pris dans le sentiment d’un combat ultime, ils espéraient décourager l’ennemi. Si le prix de la prise de la ville semblait trop élevé, il y aurait peut être une perspective de sauvegarde. Une bonne et honorable défense pourrait, au moins, aboutir à un traité… Mais, Nicéphore Phokas n’était pas là pour traiter. Bientôt, la dépression devait être terrible. Celui qui était depuis longtemps nomé par les Arabes «la mort blanche» (probablement à cause de son armure blanche), n’était sur l’île de Crète que pour justifier son surnom et sa réputation. Les semaines suivantes, furent perpétrées des attaques, toutes rejetées par les Arabes qui se battaient avec abnégation. L’hiver 960-961 qui arriva, fût très rude. Il mît à l’ épreuve les assaillants vivant dans un camp. De plus, un manque inquiétant de vivres commença à menacer. Le froid et l’abandon des terres, à causes des opérations militaires, donnaient la perspective d’une famine. L’armée semblait s’enliser, lentement mais constamment, dans la misère. Quand la situation fût devenue intenable, il y eût des protestations, et les officiers de Phokas s’opposèrent à lui, le menaçant de défection. Certes, le «commun des hommes» n’a pas la nature rude et ascétique de Phokas. C’est alors que ce dernier se rendît compte de l’ampleur du problème. Dans l’île de Crête, il y avait le gel et l’isolement. Il décida donc de contacter Joseph Vrigas. Il ne pouvait plus compter que sur son efficacité. Et, il avait raison. Vrigas donna une solution au problème, avec une extrême efficacité. Il puisa dans les réserves de la Capitale de l’Empire, en court-circuitant l’administration, et expédia le tout à Phokas, dans les plus bref délais.
3ème phase _la guerre d’usure La troupe rassasiée retrouva son moral et sa détermination d’avant. La situation des assiégés devenait de plus en plus critique. Mais elle inquiétait également les autres musulmans éparpillés dans l’île, car ils voyaient qu’aucun secours ne leur viendrait de nulle part, si Chandax était tombé. L’armée, par la suite, se dirigerait contre eux pour terminer sa tâche. Il y eût donc un nouveau sursaut de la part des musulmans de l’arrière pays. Ils réussirent, sous le commandement d’un crétois renégat du nom de Carmountis, à réunir une armée de 10 000 hommes. Mais ceux-ci, bien conscients qu’ils ne pouvaient pas faire face aux tagmata impériaux, décidèrent de mener une guerre «non conventionnelle». Une guerre de harcèlement, d’usure, en effectuant des attaques-surprises sporadiques, contre le camp, les corps isolés, les patrouilles, et en essayant de détourner l’intérêt de l’armée et de casser le moral des soldats qui se trouvaient en guerre depuis déjà plusieurs mois. Phokas réagit immédiatement, sachant qu’une telle situation pouvait durer longtemps, affaiblissant la volonté de combat. Dans un premier temps, il fallait éloigner ces forces nuisibles du corps qui effectuait le siège, les obliger à se retirer dans les territoires d’où ils venaient et les combattre là. C’était aux thèmes des Thracésiens et aux contingents des mercenaires Russes de se jeter à la poursuite des troupes islamiques. Un certain Nicéphore Pastilas était Général (stratège) du thème des Thracésiens. La poursuite des troupes de Karamountis dura plusieurs jours. Ce dernier était un paysan muletier, donc quelqu’un qui connaissait bien le pays, les chemins et les passages dans les montagnes. Alors, la poursuite ne devait pas être une opération facile. Néanmoins, les troupes Thracésiens et Russes furent efficaces dans un premier temps et réussirent à acculer leur adversaire et l’obliger à livrer bataille. Les troupes islamiques furent vaincues. Mais, la victoire ne fût pas exploitée. Les troupes défaites ne furent pas poursuivies, ni l’endroit investi et préparé en vue d’une contre-attaque. Au lieu de cela, les soldats pénétrèrent dans des villages et se livrèrent à des pillages suivis d’orgies incontrôlables. Eparpillées dans les villages et en état d’ébriété constant, sans cohésion voire en pleine décadence, les troupes offraient une opportunité pour qui voulait obtenir une victoire, par attaque surprise. Effectivement, Karamountis ne perdît pas son temps. Avec l’efficacité apparente qui le caractérisait, il réussit à rassembler les restes de son armée, et se jeta sur les troupes désorganisées. Les Byzantins et les Russes alliés dans l’ivresse, pris par surprise, sont durement frappés mais résistent. Chose étrange, ils réussissent à se rallier. Et encore plus étonnant, ils passent à une contre-attaque ! Mais dans celle-ci, leur chef est tué. Dans leur élan, les soldats se perdent dans la nature, les incursions sauvages se transforment ainsi en pièges. Quand ils prennent conscience de leur état, il est déjà trop tard. Ils prennent la fuite mais sans savoir trop où aller. La plus grande partie tombe dans des embuscades et est éliminée. Quand la nouvelle arrive au quartier général, Nicéphore Phokas, apprenant ce désastre, devient furieux. Il ne perd pas de temps. Il connaît la localisation de l’ennemi. Il envoie trois thèmes: des Anatoliques, des Arméniaques et des Cappadoce avec l’ordre d’éliminer complètement ces soldats musulmans. Et cette fois, il y parvient ! Les positions des ennemis sont repérées (ou recelées). Les guerriers qui restaient dans le corps de Karamountis sont encerclés et exterminés; mais pas Karamountis, dont on perd la trace. Des escadrilles se lancent à sa recherche dans toute l’île. Rien ! Sa traque se poursuit longtemps, sans résultat. Depuis, personne n’a plus entendu parler de lui.
Phase finale _La prise de Handakas Les trois thèmes ayant détruit toutes les enclaves ennemies à l’intérieur du pays, tous les effectifs pouvaient désormais être dirigés vers la ville fortifiée. Les «machines» martèlent les murs, mais sans résultat. En escaladant, les byzantins n’arrivaient pas à submerger les assiégés. Il y restait toujours une garnison très importante qui couvrait absolument les fortifications Et pouvait même provoquer ce qu’on appelle une supériorité numérique de pointe sur les lignes d’assauts comme c’ est souvent le cas dans les sièges. Il fallait à tout prix ouvrir une brèche. Mais, comme cela était impossible par les catapultes et les balistes, la solution était de le miner le mur. Des sapeurs sont employés, probablement aussi des hommes de l’infanterie. Ils commencent à creuser de grands tunnels conduisant vers la ville. Puis, une fois en position sous les murailles, des tunnels sont creusés en sa longueur. L’objectif était de faire s’écrouler le mur en sapant la terre dessous. Mais, pour que les soldats ne soient pas victimes de l’écroulement il fallait soutenir le mur de l’intérieur du tunnel avec des poutres et des troncs d’arbres. Une fois l’ouvrage terminé, les sapeurs devaient mettre le feu au supports en bois. Ils auraient ainsi le temps de sortir jusqu’à ce que les supports se consument et que tout s’écroule. Il en fut ainsi. Parallèlement l’armée de Phokas fait mouvement vers la ville. C’est la fin. Nous sommes le 7 Mars 961. Avant d’y pénétrer, les byzantins voient leur élan coupé par une scène étrange: une vieille femme montée sur la citadelle, hurlait et lançait des malédictions. Les soldats figés, la regardent, peut être saisis par la superstition, peut être impressionnés ou émus. Alors, Nicéphore ordonne à ses archers d’élite de tirer sur la femme. Une flèche l’atteint en pleine bouche, et la précipite dans le vide. C’est en avançant, que l’armée voit, devant elle, le mur puissant, mais désormais sans fondement, s’écouler sous son poids. La brèche s’ouvre. Les hommes montent à l’attaque dans une frénésie meurtrière totale, poussant des cris terribles. Dans un combat acharné ils exterminent systématiquement la garde et se ruent dans la ville. Le chef Byzantin ne fait rien pour les arrêter. Au contraire, il les précède dans l’épouvantable massacre qui s’ensuit. Une sauvagerie extrême se déchaîne contre tous les habitants sans distinction d’âge ou de sexe. La ville est mise à feu et à sang et rien ne semble pouvoir assouvir la soif de vengeance des soldats. Après cela, la réputation de Phokas suffisait à démoraliser tout adversaire à l’idée de s’affronter à lui. La ville avait une population musulmane très importante. Ceux qui ne furent pas tués dans l’assaut et le massacre, plus de trente mille personnes, furent vendus comme esclaves (à peu près d’un nombre égal). Maintenant, de toute évidence pour Nicéphore, c’était le tour des crétois islamisés. Mais l’évêque Nicon, ami de Phokas, à la tête des prêtres, réussit à le calmer et à le convaincre de leur laisser «une chance». Ainsi, les hiérarques repartirent dans l’île et évangélisèrent bon nombre de Crétois convertis, sauvant ainsi leur vie.
Conséquences -Constats La nouvelle de cette action s’étendit, comme une ombre terrible, dans le Califat Abbasside, annonçant son déclin. Phokas ayant pris l’élan qui lui était nécessaire, investit l’île de Crête qui devient désormais thème de l’Empire à part entière. Il y installe une garnison de 15 000 hommes, nombre considérable pour les capacités réduites de l’Empire, et probablement montée par les hommes du nouveau thème. Toutes les mosquées et les souvenirs de l’occupation Arabe sont détruits. Il construit des forteresses et répare celles qui existaient, mais furent endommagées par sa propre opération de reconquête. Dans cette longue et farouche occupation Arabe, il est vrai que l’existence de l’élément grec de l’île, ainsi que des îles et côtes alentour, était menacé de disparition. Désormais, une nouvelle phase de prospérité et de croissance commençait pour cette population. Phokas rentre à la Capitale de Byzance où il est accueilli en triomphe. Mais ce n’est pas un homme de Palais. Il repart toute suite après, pour reconquérir toute la mer de l’Empire. Une fois mort l’empereur Romain, en 963, Théophano comprend que la réputation et le prestige du «Grand Domestique» sont tels qu’elle ne pourra gouverner que si ce rude soldat est à ses côtés. Elle lui propose donc un «marché»: un mariage, qui fera de lui un empereur. Nicéphore accepte et devient Nicéphore II Phokas. Dans le même élan, il libère les autres îles et les côtes de la mer Egée ainsi que Chypre et il ferme de la sorte la Méditerranée aux flottes musulmanes. Mais les réussites de Nicéphore Phokas ne se limitent pas dans les espaces maritimes. En dehors du fait d’avoir pénétré la Cilicie et la Syrie, d’avoir pris Antioche même, il est aussi le premier général grec, depuis l’invasion musulmane, à forcer la ligne du Taurus à l’extrême Est de l’Empire. Il demande au Patriarche d’honorer ses soldats battus contre l’Islam et de les élever au rang des martyrs de la foi chrétienne. Le Patriarche refuse, disant que les soldats étaient souillés du sang de leurs victimes, chose incompatible avec les préceptes de l’Eglise. Malgré le fait que des religieux prennent souvent les armes à côté des militaires, l’église officielle détourne les yeux de ce mal nécessaire mais refuse, à juste titre, de légitimer une action contraire à ses principes fondamentaux. Par cela, nous pouvons comprendre que la notion de «guerre sainte» n’existait pas dans le dogme, et que le terme grec de «martyre», utilisé de nos jours dans les conditions que l’on connaît est plus qu’une utilisation abusive, c’est une vile usurpation. Phokas n’est pas non plus subtil dans ses relations avec l’Occident. Il vient en conflit avec le jeune empereur des Germains Otto en refusant de lui reconnaître le titre d’Empereur. Mais, dans cet Empire, la «Monarchie absolue était tempérée par le crime», et Nicéphore Phokas allait être assassiné par son neveu et pupille Jean Tzimiskès,3 sous l’influence de Théophano, exploitant ainsi, le violent mécontentement du peuple. En effet, pour financer ses campagnes, Nicéphore II Phokas avait pris des mesures économiques qui l’ont rendu complètement impopulaire.
L’importance primordiale que revêtait l’île de Crête, pour le grand stratège, peut être justifiée et comprise a posteriori, par les évènements historiques ultérieurs. La Crète a été le dernier bastion de la chrétienté dans la mer Egée. Tandis que Constantinople tombait sous l’invasion Ottomane en 1453, l’île investie et gouvernée par les Vénitiens et défendue sous une coalition chrétienne, n’est conquise qu’en 1669 ! La guerre pour sa conquête a duré 28 ans et le siège de Chandax par les turcs a duré 21 ans.4 Sa reddition s’est faite après traité et avec honneur. Cela est significatif de son importance et de son destin d’île martyre. Auteur de l'article : Georges Georgiou, Diplômé en Philosophie Sorbonne ¨Paris I, Ancien élève du Conservatoire National d'Athènes, Officier de réserve de l'armée Hellénique _______________________________________________________________________
Notes.
1. Tel est le cas, par exemple, à l’époque du règne d’Héraclius où celui-ci procède à une transplantation de populations grecques d’Asie Mineure en Grèce Centrale décimée par les attaques des slaves. 2. Selon l’Empereur et théoricien de l’Art de la guerre, Maurice, dans son Stratégikon 3. Tzimiskès, un grand militaire aussi (pris de remords plus tard), continuera cette grande épopée de Byzance constituée par le règne des Empereurs – Soldats, épopée aboutira avec Basile II le Bulgaroctone et aura fait de Byzance, pendant cette période, la grande puissance du monde. 4. Le plus long siège de l’histoire.
Bibliographie : -Gustave Schlumberger : Un Empereur Byzantin au Xe s. Nicéphore Phokas. Paris 1890 I Byzantinè Epopeoia (trad) Athènes 1905
-A.G. K Savvides : I Byzantinè Rodos kai oi Musulmanoi, Athènes 1994 Meletimata byzantinès messaionikès kai Islamikès Istorias (33 études en anglais et en grec) -H. Ahrweiller : Byzance et la mer, la marine de guerre, la politique et les institutions maritimes aux VI – XIe s. (In Bulletin des correspondances helléniques – vol 84) Paris 1960 -D Nicolle : Armies of Islam 7th-11th Centuries, Londres1982 (& McBride Illustration) Romano-Byzantine armies 4th-9th Centuries, Londres 1992
SC Oman : The Art of War In The Middle Age, Londres 1991
Général sur Byzance - Civilisation Byzantine André Guillou : Civilisation Byzantine G Ostrogorsky : Histoire de l’état Byzantin A.A. Vassilief : Histoire de l’Empire Byzantin (trad gr) Athènes 1996 José Grosdidier de Matons : (In Encyclopaedia Universalis : Byzance) Theoharis Detorakis : (rapports in e-edition Patris.gr, article 16080/archive/2002/6/11/7th ) |




Nicéphore Phokas (an 961)